🎫 Participer à nos Actions 💳 Devenir Bénévole 🌿 Notre Mission
← Retour aux actualités et chroniques

Les Basses Terrasses de l'Eure Révèlent Six Millénaires de Présence Continue

Bilan détaillé de trois journées d'arpentage pédestre menées par douze bénévoles de notre association sur les parcelles alluviales de Hanches. Des nucléus mésolithiques aux grandes tuiles à rebord gallo-romaines, analyse d'un paysage façonné par l'eau et le travail des hommes.

Relevé méticuleux sur le terrain d'une concentration d'artefacts lithiques et céramiques

1. Les Conditions Idéales d'un Arpentage Automnal

Le mois de novembre offre traditionnellement à l'archéologue de surface une fenêtre météorologique particulièrement favorable. Après les travaux d'ameublissement du sol consécutifs aux récoltes et à la faveur de pluies fines répétées qui lavent la couche arable sans la ravir, les éléments minéraux et manufacturés enfouis depuis des siècles réapparaissent distinctement à la surface des mottes de terre.

C'est sur le secteur dit des « Longs Prés », une terrasse alluviale légèrement surélevée par rapport au lit d'inondation ordinaire de l'Eure, que notre équipe de douze prospecteurs bénévoles s'est rassemblée dès l'aube. Munis de jalons d'arpentage bicolores, de récepteurs GPS configurés sur le système Lambert-93 et de sachets de prélèvement respirants, nous avons entrepris un balayage systématique en ligne espacée de huit mètres.

Cette parcelle de six hectares, exploitée selon des méthodes d'agriculture raisonnée évitant les labours trop profonds, constitue un observatoire idéal. Dès les premières dizaines de mètres parcourus, le contraste entre les silex bruts naturels issus des déjections de craie sénonienne et les pièces travaillées par la main de l'homme a sauté aux yeux de nos prospecteurs les plus aguerris.

2. L'Horizon Mésolithique : Témoignages de Chasseurs-Cueilleurs Nomades

La surprise de la matinée est venue de la bordure orientale de la parcelle, à proximité immédiate d'un ancien méandre aujourd'hui asséché et colonisé par des aulnes. Sur une superficie circulaire d'environ quarante mètres de diamètre, plus de trente-cinq pièces lithiques ont été localisées et enregistrées sans déplacer le sous-sol.

L'examen morphologique révèle un assemblage cohérent : deux nucléus prismatiques à lamelles en silex blond de très haute qualité, plusieurs éclats de ravivage de plan de frappe et quatre microlithes caractéristiques (segments de cercle et pointes à dos abattu). Ces armatures de flèches, emmanchées jadis à l'aide de résine végétale et de tendons d'animaux sur des fûts de bois, correspondent typologiquement au Mésolithique moyen (environ 7000 à 6500 avant notre ère).

Ce site témoigne d'un campement saisonnier de courte durée établi par de petits groupes de chasseurs-cueilleurs profitant de l'abondance du gibier d'eau, des poissons de l'Eure et des cervidés fréquentant les forêts riveraines. L'homogénéité du silex utilisé suggère des réseaux d'approvisionnement ou des déplacements réguliers vers les gîtes de matière première de la région d'Épernon.

3. L'Établissement Rural Gallo-Romain : Éléments de Toiture et Céramiques

À deux cents mètres au nord de la concentration préhistorique, le sol change brutalement de physionomie. La couleur de la terre vire au brun foncé, riche en débris de chaux et en particules de briques concassées.

En l'espace de deux heures, notre équipe a recensé près de quatre-vingts fragments de tegulae (tuiles plates rectangulaires à rebords latéraux) et d'imbrices (tuiles demi-cylindriques destinées à recouvrir les joints). Plusieurs fragments présentent les encoches caractéristiques de calage et des empreintes digitales de tuiliers antiques imprimées dans l'argile fraîche avant cuisson.

Associés à ces matériaux de couverture, des fragments de panses d'amphores vinaires de type Dressel et des tessons de céramique culinaire rugueuse à pâte sombre indiquent la présence d'une ferme domaniale gallo-romaine d'époque flavienne (Ier et IIe siècles de notre ère). La densité des tuiles suggère la proximité d'un bâtiment d'exploitation maçonné, probablement une grange ou un séchoir à céréales.

Groupe de bénévoles examinant les tessons et tuiles découverts en surface de la parcelle

4. Enregistrement Cartographique & Préservation du Sol

L'ensemble des coordonnées centimétriques a été injecté dans le système d'information géographique associatif dès le retour au siège. Une fiche de déclaration de découverte fortuite de surface a été immédiatement complétée et transmise par courriel aux services de la DRAC Centre-Val de Loire, conformément à nos engagements conventionnels.

L'exploitant agricole de la parcelle, venu nous saluer en fin d'après-midi, a pu observer avec émotion les silex et tuiles collectés sur sa terre. Un accord tacite a été conclu pour qu'aucun labour profond n'intervienne sur ce secteur fragile lors des trois prochaines saisons, préservant ainsi l'intégrité des couches archéologiques sous-jacentes.

Ce chantier d'une journée prouve une fois encore que l'archéologie bénévole et citoyenne, lorsqu'elle est conduite avec rigueur, méthode et respect mutuel, constitue un rempart irremplaçable pour la sauvegarde du patrimoine enfoui de notre vallée.

Rejoindre Nos Prochaines Prospections

L'intégralité des cotisations et contributions est intégralement réinvestie dans les missions d'intérêt général de l'association. Toutes nos journées de terrain sont ouvertes aux membres désireux d'apprendre les techniques d'arpentage et de participer à la sauvegarde de notre histoire rurale.

Consulter le Calendrier des Sorties Adhérer à l'Association